La montée des tensions au Moyen-Orient a provoqué une remontée brutale des taux souverains et ravivé les craintes inflationnistes. Dans ce contexte incertain, les gérants observent une réaction atypique des marchés : alors que les obligations d’Etat se tendent, le crédit bien noté continue de faire preuve d’une remarquable résistance.
Rien ne va plus sur les taux d’intérêt à long terme depuis le début de l’intervention militaire des Etats-Unis et d’Israël en Iran. Le 10 ans allemand avait ainsi légèrement dépassé les 3 % le 16 mars, le 10 ans français les 3,7 %, tandis qu’aux Etats-Unis il se situait autour de 4,3 % et qu’au Royaume-Uni il se rapprochait des 5 %. La crise au Moyen-Orient va-t-elle ainsi confirmer l’avantage du crédit bien noté par rapport aux dettes souveraines ? Cette possibilité est largement évoquée ces dernières semaines par les gérants. Les équipes de Neuberger Berman ont ainsi été surprises par la réaction des marchés à la suite de cette nouvelle crise. « Les rendements des obligations souveraines ont fortement augmenté sur l’ensemble de la courbe, précise Jeff Blazek, Co-CIO Multi-Asset Strategy, dans une note hebdomadaire publiée le 11 mars. Par ailleurs, certaines baisses de taux anticipées ont été pratiquement écartées par la Réserve fédérale, la Banque centrale européenne (BCE) et la Banque d’Angleterre ». Les marchés anticipent à la fois une hausse de l’inflation liée à une envolée des prix du pétrole, mais aussi en conséquence celle des taux d’intérêt réels. Selon plusieurs gérants, cette combinaison apparaît relativement inhabituelle dans un contexte de choc géopolitique, car habituellement les capitaux affluent vers les obligations américaines, considérées comme des valeurs refuges. En Europe aussi, les marchés financiers anticipent maintenant une hausse des taux d’intérêt de la Banque centrale européenne, alors que le consensus tablait avant cette crise géopolitique sur un statu quo prolongé.