Pendant près de cinq ans, la classe d’actifs a été mal-aimée par les investisseurs, et ce désamour s’est encore accentué l’an dernier. Les Mid & Small Caps ont ainsi débuté l’année avec une décote historique par rapport aux Large Caps. Alors que les marchés actions ont rebondi en début d’année, Funds s’interroge sur l’évolution de la classe d’actifs. Les Mid & Small Caps ont-elles profité du rebond des marchés en tout début d’année ? Affichent-elles toujours une décote par rapport aux Large Caps ? Pourquoi ? Cette décote peut-elle justifier à elle seule un regain d’intérêt pour la classe d’actifs ? Les valorisations sont-elles réellement attractives ? Quelles seraient les raisons d’investir sur cette classe d’actifs dans un contexte de ralentissement économique et de taux élevés ? Quelles sont les caractéristiques de cet univers d’investissement ? Les nombreux retraits de la cote ces dernières années ont-ils appauvri le gisement ? Les Mid & Small Caps permettent-elles d’adresser des thématiques porteuses comme la transition énergétique ou les innovations technologiques ? Quels sont les secteurs les plus attractifs ? Quel profil de valeurs faut-il privilégier ? L’intégration ESG dans le processus de sélection des Mid & Small Caps est-elle désormais plus facile ?
- Depuis cinq ans, la classe d’actifs subit le désamour des investisseurs. Comment l’expliquez-vous ?
- En dehors du choc récent sur les marchés provoqué par la faillite de SVB aux Etats-Unis et la situation de Credit Suisse, la classe d’actifs a-t-elle rebondi en janvier et février ? Un regain d’intérêt des investisseurs s’est-il matérialisé dans les flux
- La décote ne peut donc pas être le seul argument en faveur de la classe d’actifs…
- Justement, il y a beaucoup d’OPA et de retraits de la cote et peu d’introductions en Bourse. Votre univers d’investissement se réduit, n’est-ce pas un problème ?
- Les récentes introductions en Bourse font-elles émerger de nouveaux secteurs dans l’univers d’investissement des small caps ?
- La gestion thématique, qui a beaucoup séduit les investisseurs au point de devenir cœur dans certains portefeuilles, est-elle un concurrent de votre classe d’actifs ? L’univers des small caps permet-il d’adresser certaines thématiques porteuses ?
- Pour des gérants de stock-picking, certains secteurs offrent-ils aujourd’hui plus d’opportunité pour la sélection de valeurs ?
- Les petites et moyennes entreprises ont-elles progressé en matière de communication ESG ? Avez-vous accès aux données nécessaires pour l’analyse extra-financière ?
Les intervenants :
- Raphaël Moreau, gérant, Amiral Gestion
- Ingrid Pfyffer-Edelfelt, gérante, Eleva Capital
- Eric Biassette, gérant actions, Generali Investments
- Stéphanie Bobtcheff, CFA, gérante, La Financière de l’Echiquier
- Marc Saint John Webb, gérant, Quaero Capital
Depuis cinq ans, la classe d’actifs subit le désamour des investisseurs. Comment l’expliquez-vous ?
Raphaël Moreau - Deux raisons peuvent expliquer ce désintérêt. En 2017, les valorisations de la classe d’actifs ont atteint un point haut après une période de fort engouement pour les petites valeurs. Les flux étaient si importants que certains fonds ont été alors fermés à la souscription. S’en est suivie une longue période de dégonflement des valorisations au point qu’aujourd’hui la classe d’actifs n’est pas chère du tout. Autre raison : le ralentissement économique. Les small caps surperforment souvent quand l’activité économique est bien orientée, et inversement. Or, depuis 2018, il y a eu plusieurs coups de semonce sur l’économie – la crise de 2018, le covid puis la guerre en Ukraine –, qui ont entraîné un ralentissement.
Ingrid Pfyffer-Edelfelt - La composition structurelle des indices explique également le désintérêt pour les small & mid caps. Les indices des large caps sont beaucoup plus exposés aux valeurs refuges, à la santé, aux matières premières, au luxe, à l’énergie et aux banques. Des secteurs que l’on ne retrouve pas dans les indices des valeurs moyennes, ce qui explique la différence de performance entre ces indices.
Stéphanie Bobtcheff - La classe d’actifs étant perçue comme plus risquée, elle a subi de nombreux rachats l’an dernier. Quand le niveau de risque augmente sur les marchés, les investisseurs ont tendance à sortir des small caps. Autour de 15 % des actifs ont été rachetés dans les fonds de petites valeurs en 2022, contre 5 à 6 % pour les fonds de large caps. Comme la classe d’actifs n’est pas très liquide, les rachats sont susceptibles de peser sur la performance.