Inflation, guerre en Ukraine, tensions énergétiques en Europe, durcissement des politiques monétaires, risques de récession…Rarement autant de facteurs négatifs auront pesé sur les marchés financiers faisant de 2022 une véritable « annus horribilis » avec l’ensemble des classes d’actifs dans le rouge. Face à un tel constat et à un changement majeur de paradigme, Funds s’interroge sur la meilleure façon d’aborder l’année 2023 en termes d’allocation d’actifs.
.Comment repenser la composition des portefeuilles ?
.Comment revenir sur les obligations ?
.Quelle place faut-il accorder désormais aux actifs risqués et plus particulièrement aux actions dans un contexte de récession économique ?
.Où se trouvent les opportunités ?
.Comment protéger les portefeuilles ?
- Que retiendrez-vous de l’année écoulée ? Quel est l’événement qui a eu le plus de conséquences sur vos allocations d’actifs ?
- Durant l’année écoulée, il y a eu quelques décalages entre un certain optimisme sur les marchés et la communication des banques centrales, notamment de la Fed, qui a dû durcir le ton à l’automne. Est-ce que le message est clair désormais ? Et bien intégré
- Et du côté de l’Europe ?
- L’inflation est élevée, la récession se profile : comment expliquez-vous le rebond des marchés actions début décembre ?
- Le consensus table sur une récession de faible ampleur et de courte durée. Est-ce également votre scénario ? Qu’est-ce qui pourrait l’assombrir ? Faut-il par exemple se préoccuper de la situation en Chine et de son impact sur l’économie mondiale ?
- La situation économique sera-t-elle plus problématique dans la zone euro en 2023, avec des disparités entre les pays ? Et par conséquent, faut-il s’attendre à plus de tensions sur les marchés européens ?
- En matière d’allocation d’actifs, comment abordez-vous l’année 2023 ? Comment se positionner sur les actifs risqués ? Quelle place accorder aux obligations ?
- Les fonds datés sont-ils une bonne solution pour revenir sur les obligations ?
- Comment protégez-vous les portefeuilles ? Les obligations vont-elles retrouver leur rôle ?
Les intervenants :
- Benjamin Melman, directeur des investissements, Edmond de Rothschild AM
- Jean-Louis Delhay, directeur de la gestion diversifiée, Crédit Mutuel AM
- Julien-Pierre Nouen, directeur de la gestion diversifiée, Lazard Frères Gestion
Que retiendrez-vous de l’année écoulée ? Quel est l’événement qui a eu le plus de conséquences sur vos allocations d’actifs ?
Benjamin Melman : Avoir une inflation à deux chiffres a été une surprise. Fin 2021, tout le monde anticipait une poursuite de l’inflation, mais pas d’une telle ampleur.
Julien-Pierre Nouen : A partir de mars, l’inflation a cessé d’être perçue comme transitoire.
Benjamin Melman : Jusqu’à fin décembre 2021, la Réserve fédérale ne parlait que de trois hausses des taux de 25 points de base pour 2022. L’inflation l’a contrainte à agir plus fortement. Cette inflation est la résultante du choc énergétique et sur les matières premières, de la poursuite de la dégradation des conditions sur les chaînes de production et de l’envolée des salaires aux Etats-Unis, mais aussi en Europe où les pressions salariales ont été plus importantes que prévu. Tant qu’il n’y avait pas de pressions salariales, nous pouvions considérer qu’il y avait beaucoup d’éléments exceptionnels reflétés dans cette inflation. Une fois que les salaires se sont envolés, la situation est devenue tout autre.
Jean-Louis Delhay : Une des surprises de l’année concerne le niveau des taux aux Etats-Unis, qu’il était difficile d’anticiper. La remontée des taux était certes actée, mais personne n’avait imaginé qu’ils atteindraient 4,25 %, comme c’est le cas aujourd’hui. Cette hausse est bien entendu la conséquence de l’envolée de l’inflation et du choc sur les matières premières.
Le conflit entre l’Ukraine et la Russie était, évidemment, difficile à prévoir aussi. On voyait bien les tensions croître, mais personne ne pensait que ça irait jusqu’à l’invasion. Et que cela déclencherait un tel choc sur l’énergie, les prix des matières premières agricoles et de certaines matières premières industrielles. D’où une accélération de l’inflation et un choc obligataire qui est sans doute l’événement majeur de 2022. Tout ceci a pesé sur les performances de nombreuses classes d’actifs. Il était difficile de s’attendre à une baisse aussi forte des marchés obligataires.