En 2022, année durant laquelle les actions et les obligations ont fortement corrigé, les fonds de performance absolue ont pour la plupart réussi à préserver le capital. Certaines stratégies sont même parvenues à générer des performances positives, et donc à attirer des souscriptions. En 2023, les facteurs de risque restent les mêmes : l’inflation est toujours là, la visibilité sur la croissance mondiale est faible et les tensions géopolitiques sont encore plus vives. Les banques centrales ont continué à monter les taux et la volatilité sur les marchés est élevée, mais le premier semestre a été globalement moins favorable à cette catégorie de fonds. Funds s’interroge sur la pertinence d’investir sur ces stratégies alternatives dans l’environnement actuel. La faible visibilité et l’aversion pour les actifs risqués plaident-elles en faveur des stratégies alternatives ? Quels sont les atouts de ces fonds (régularité de la performance, décorrélation, maîtrise de la volatilité) ? Est-ce le meilleur moyen de gérer une exposition aux marchés actions ? Quelles stratégies privilégier pour les prochains mois ? La gestion quantitative est-elle plus efficace pour certains de ces fonds que la gestion discrétionnaire ? Faut-il combiner plusieurs stratégies ? Quid de l’ESG ? Quelle place faut-il accorder aux stratégies alternatives dans un portefeuille ?
- Dans l’environnement actuel des marchés, quels sont les éléments qui plaident en faveur des stratégies de performance absolue ?
- Générer de la performance positive, quelles que soient les conditions de marché… La promesse n’est-elle pas excessive ? Et donc source de déception pour les investisseurs qui s’attendent à ce que les fonds performent chaque année ?
- S’extraire du market timing constitue donc un des principaux atouts de ces fonds ?
- Les taux élevés ne sont-ils pas un frein aux opérations de fusions-acquisitions ?
- Dans cet environnement globalement positif pour les stratégies alternatives, quel est le principal risque que vous identifiez ?
- Qui sont les investisseurs en performance absolue, plutôt des clients privés sophistiqués ou des institutionnels ? Et à quel moment sont-ils acheteurs de ces stratégies ? Lorsque les marchés sont chahutés ?
- Il y a beaucoup de questions autour de la façon dont sont gérés les fonds alternatifs, sur les leviers utilisés, etc. Le côté boîte noire est-il un frein pour les investisseurs ? Comment concilier ces processus de gestion et l’ESG ?
- Et quand la position short est uniquement liée à un problème de valorisation ?
- Pour certaines stratégies alternatives, la gestion quantitative systématique est-elle plus efficiente ?
- Quelle place doit-on accorder aux fonds de performance absolue dans un portefeuille ? Quel est leur rôle ?
Les intervenants
- Laurent Chaudeurge, responsable de l’ESG et porte-parole de la gestion, BDL Capital Management
- Kevin Thozet, membre du comité d’investissement, Carmignac
- Cyrille Pichot de Cayeux, directeur général, Sapienta Gestion
Dans l’environnement actuel des marchés, quels sont les éléments qui plaident en faveur des stratégies de performance absolue ?
Laurent Chaudeurge : La gestion long/short equity que nous proposons chez BDL Capital Management consiste à réaliser des arbitrages entre, d’un côté, des entreprises de qualité mais sous-évaluées et, de l’autre, des entreprises survalorisées soit parce que les estimations de croissance sont trop élevées ou que la gouvernance n’est pas bonne, par exemple. Et cet arbitrage entre des valeurs décotées et des valorisations excessives implique que les taux d’intérêt ne soient pas à zéro puisque c’est le coût du capital qui induit la valorisation. Pour être efficace, la stratégie long/short equity a besoin d’un niveau de taux raisonnable et proportionné à la croissance et à l’inflation. Or, durant des années, le maintien des taux à 0 par les banques centrales a engendré des marchés irrationnels et des bulles financières. D’ailleurs, en début d’année, les anticipations de baisse des taux n’ont pas été bénéfiques à notre stratégie, puis les marchés ont intégré que les taux allaient encore monter et rester à des niveaux élevés, donc une configuration plus favorable s’est installée.
Kevin Thozet : Au-delà de la conception que les taux devraient rester durablement élevés, il y a les phénomènes de corrélation et décorrélation entre les actifs. Cela pose des questions en termes de construction de portefeuilles : où trouver des actifs plus défensifs dans le contexte actuel ? Comment faire pour désensibiliser un portefeuille multi-actifs ? Le plus simple consiste à augmenter la proportion d’obligations au détriment des actions. Mais en procédant ainsi, le portefeuille global devient plus sensible à l’inflation et à l’incertitude liée à l’inflation. Ce qui pose problème.