Alors que son rôle dans la sécurisation du poste client devient clé, notamment au regard du contexte économique, le chargé de recouvrement connaît depuis quelques années une mutation en profondeur de son métier. Une évolution notamment portée par le développement des nouvelles technologies qui lui permettent de se concentrer davantage sur l’accompagnement humain et l’analyse.
Après l’euphorie de la période post-Covid, les recrutements de chargés de recouvrement tendent actuellement à se tasser. Hays a ainsi enregistré un recul de 20 % des offres en CDD et CDI pour ces profils en 2025 et de 5 % pour les contrats en intérim. « Ce coup de frein est essentiellement dû au contexte économique et géopolitique actuel, qui incite les entreprises à la prudence en matière d’investissement et de recrutement, explique Achraf Bouftini, manager chez Hays. Sur les métiers de la finance et de la comptabilité, si certains postes sont plus fortement impactés, celui de chargé de recouvrement continue néanmoins de mieux résister, compte tenu de son rôle stratégique dans la sécurisation de la trésorerie et des enjeux financiers critiques des entreprises. »
Des piliers de la gestion du poste client
En dépit de ces moindres recrutements, les chargés de recouvrement restent en effet des éléments clés pour les entreprises, et ce d’autant plus que les défaillances d’entreprises sont aujourd’hui à leur plus haut niveau. Si l’objectif du chargé de recouvrement reste ainsi d’accélérer les entrées de cash, les méthodes pour y parvenir évoluent néanmoins. Une transformation du métier portée par le développement des nouvelles technologies et l’évolution des logiciels de gestion qui leur sont dédiés, et qui embarquent de plus en plus d’intelligence artificielle.
« Le développement des nouvelles technologies a en effet permis d’automatiser les processus de relances simples, de prioriser les actions, etc., constate Grégory Fillard, responsable formation et ingénieur pédagogique au sein de l’AFDCC. Avec l’IA, il est désormais possible de rédiger automatiquement des mails de relance personnalisés. Les chargés de recouvrement ont ainsi plus de temps pour se concentrer sur des missions plus complexes. Il leur revient notamment d’établir une relation de confiance avec le client, de l’accompagner dans la résolution des litiges et d’éviter les passages en contentieux. Ils deviennent des “facilitateurs”, ce qui replace d’ailleurs l’humain au cœur de leurs démarches. » Une évolution du métier ainsi constatée par Olivier Allix, chargé de recouvrement au sein d’UCAR. « La digitalisation des processus de recouvrement de créances a considérablement fait évoluer notre métier ces dernières années, précise-t-il. Désormais, nous pouvons récupérer notre balance âgée chaque jour, réaliser des rapprochements automatiques entre les factures et les règlements. Notre outil nous propose des actions de relance qu’il nous revient de choisir et d’activer. »
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Auparavant très opérationnelles et centrées sur la relance client, les missions du chargé de recouvrement s’orientent ainsi de plus en plus vers l’accompagnement des clients mais aussi l’analyse de risque client et des comportements de paiement. « Désormais, nous réalisons par exemple des analyses et du suivi de risques client, ajoute Olivier Allix. A cet effet, nous nous appuyons sur les informations de Papper et CreditSafe, qui nous alertent notamment en cas de dégradation de la santé financière d’un client, afin que nous puissions adapter nos processus de relance et de recouvrement en conséquence. » Sur la base de ces analyses, il revient également parfois aux chargés de recouvrement de travailler avec les assureurs crédits. « Dans le cadre de nos missions, nous devons notamment étudier les bilans dès leur publication en avril, précise ainsi Daniel Duchochoy, credit manager adjoint. S’ils évoluent, nous discutons avec nos assureurs crédit, si notre entreprise est assurée, et avec les commerciaux pour limiter notre exposition aux risques d’impayés ou de retard de paiement. »
Les évolutions réglementaires, notamment avec le passage à la facturation électronique, ont également un impact direct sur la fonction et son évolution vers des missions plus analytiques. « La réforme sur la facturation électronique devrait notamment faciliter le suivi du traitement des factures, précise Achraf Bouftini. L’automatisation des processus, combinée à la facturation électronique, va conduire les entreprises à structurer des équipes plus réduites, avec un rôle davantage orienté vers l’analyse, la prévention du risque et l’aide à la décision. »
«Aujourd’hui, dans le cadre de nos formations, nous expliquons comment l’IA peut aider au quotidien, par exemple dans l’automatisation de relances, l’analyse de bilan, la réalisation de scoring de risque client ou la prise de décision.»
Une expertise métier désormais reconnue
Gage que le métier se transforme et se professionnalise, les entreprises cherchent désormais des profils qui ont été formés aux spécificités du recouvrement de créances. « Auparavant, les entreprises pouvaient confier ces missions à des téléconseillers, des télévendeurs ou des profils polyvalents issus de la comptabilité, explique Grégory Fillard. Aujourd’hui, elles souhaitent des profils plus experts sur le sujet qui peuvent maîtriser les techniques de recouvrement et parfois avoir des notions en analyse financière. » Avec l’évolution du métier vers l’analytique, le profil de chargé de recouvrement, historiquement proche de celui de comptable client, tend désormais à se rapprocher du contrôle de gestion. « Au-delà des fondamentaux en comptabilité, le chargé de recouvrement doit comprendre les flux financiers ainsi que les processus order to cash, précise Achraf Bouftini. Son appétence pour les outils digitaux, tels que les ERP, Excel, les solutions de gestion du recouvrement ou encore l’IA, est devenue indispensable. Cela lui permet d’accompagner la montée en puissance de l’analyse et de renforcer son rôle dans le pilotage de la performance et la sécurisation de la trésorerie. » D’ailleurs les organismes de formation adaptent leur contenu pédagogique à l’évolution du métier. C’est notamment le cas pour l’AFDCC qui propose historiquement des formations diplômantes en alternance, de niveau bac à bac + 5, allant de conseiller en recouvrement à chargé de recouvrement puis credit manager (en cours de renouvellement auprès du Répertoire national des certifications professionnelles – RNCP). « Nous avons par exemple intégré l’IA dans nos cursus de formation, précise Grégory Fillard. Il y a deux ans, il s’agissait surtout de vulgariser cette technologie auprès de nos apprenants. Aujourd’hui, nous leur expliquons comment l’IA peut les aider au quotidien, par exemple dans l’automatisation de relances, l’analyse de bilan, la réalisation de scoring de risque client ou la prise de décision. »
Des soft skills centrés autour de la relation humaine
Parallèlement à cette expertise métier, les chargés de recouvrement sont également attendus sur les soft skills, et ce d’autant plus que leur métier évolue progressivement vers les relations humaines. « Nous les formons donc aussi sur les principes d’une écoute active, la négociation, le leadership, la communication non violente ou encore sur comment réagir face à un client virulent ou mécontent », poursuit Grégory Fillard. Cette capacité d’écoute est d’autant plus importante quand la situation financière de l’entreprise se dégrade. « Nous devons à ce sujet savoir tenir compte de l’environnement dans lequel l’entreprise évolue et si par exemple elle est impactée par le contexte économique du moment, précise Olivier Allix. Il nous fait également faire preuve de réactivité dans nos prises de décision quant aux actions à mener pour recouvrer une créance au plus vite. » Par ailleurs, alors que leur métier se complexifie, les chargés de recouvrement interagissent de plus en plus avec les équipes commerciales, juridiques et de comptabilité, ou encore avec l’administration des ventes. « Nous devons donc aussi être à l’écoute car ils peuvent nous apporter des informations dont nous ne disposons pas toujours et qui sont utiles à l’adaptation de nos actions de relances, précise Daniel Duchochoy. Le chargé de recouvrement étant en contact direct avec des débiteurs pouvant rencontrer d’importantes difficultés financières ou très récalcitrants, il est également indispensable qu’il soit motivé et volontaire pour relancer les clients, les appeler et parfois négocier avec eux. »
De chargé de recouvrement à credit manager : un grand écart réalisable
Souvent recrutés en alternance ou à l’issue d’un BTS ou d’une licence en finance ou en comptabilité-gestion, les chargés de recouvrement commencent leur carrière avec des rémunérations généralement comprises entre 28 000 et 32 000 € par an (Hays).
Après environ trois ans d’expérience, les salaires peuvent atteindre 38 000 €, notamment pour les profils à l’aise avec les outils digitaux, les environnements technologiques ou encore l’international. Le chargé de recouvrement peut ensuite évoluer vers des postes à responsabilité, notamment en credit management, avec des rémunérations pouvant dépasser 45 000 €, en particulier dans des environnements internationaux. Des passerelles existent également vers les métiers de la trésorerie, de la comptabilité ou encore du contrôle de gestion, confirmant le positionnement de plus en plus transversal de cette fonction.