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Langues étrangères : formez-vous !

Option Finance - 23 juillet 2018 - Anaïs Trebaul

Formation

Langues étrangères : formez-vous !

Désormais obligatoire pour accéder à plusieurs postes financiers, la maîtrise de langues étrangères, et surtout de l’anglais, peut être améliorée grâce à des formations adaptées.

Indispensables pour plusieurs professionnels au sein des directions financières, les langues étrangères, et surtout l’anglais, sont pourtant mal maîtrisées par plusieurs d’entre eux. Tous n’ont cependant pas besoin du même niveau de langue. D’une part, le degré d’internationalisation de l’entreprise joue sur les compétences linguistiques attendues.

Sana Ronda, membre du bureau et présidente de la commission Langues de la FFP et présidente, Linguaphone
Linguaphone

«Si un directeur financier d’une structure qui n’est pratiquement pas présente à l’étranger n’a besoin que des rudiments du vocabulaire financier, celui au sein d’un groupe ayant des filiales étrangères devra atteindre a minima le niveau C1 du Cadre européen commun de référence (CECR) pour travailler efficacement en anglais, observe Sana Ronda, membre du bureau et présidente de la commission Langues de la Fédération de la formation professionnelle (FFP) ainsi que présidente de Linguaphone. D’autre part, le métier exercé par le collaborateur a également une influence sur le degré d’aptitude exigé. «Les services comptables interagissent en général moins avec les partenaires étrangers et n’ont pas besoin d’un niveau d’anglais parlé particulièrement élevé, poursuit Sana Ronda. En revanche, ils doivent être capables de comprendre l’anglais écrit et de bien le rédiger (relances, demande de documents…), un niveau B1 est exigé. A l’inverse, d’autres fonctions, telles que celles des contrôleurs de gestion ou encore de trésoriers, doivent aussi savoir le parler. Pour eux, le niveau minimum requis est le B2, le niveau exigé pour obtenir un diplôme d’école de commerce ou d’ingénieurs.»

Si de tels niveaux sont demandés pour les financiers, c’est avant tout une question de rigueur. «Si la langue n’est pas maîtrisée, les financiers perdront du temps et ne seront pas efficaces, note Sana Ronda. De plus, ils risquent de faire des erreurs de compréhension ou d’écriture qui peuvent être très impactantes. Un anglais mal parlé peut aussi faire perdre en crédibilité un interlocuteur.»

Une offre qui évolue

Ainsi, pour répondre à ces besoins de perfectionnement, les organismes de formation adaptent leur offre en fonction de la situation des candidats. Tout d’abord, celle-ci varie à la fois en fonction du niveau détenu à l’origine par le collaborateur et de celui qui est attendu. Cela influe sur la durée de formation. «Tous les clients qui nous sollicitent n’ont pas le même niveau de langue, précise Sana Ronda. Certains auront seulement besoin de se perfectionner, d’autres partiront totalement de zéro. Il faut compter entre 100 et 150 heures de formation pour réaliser un niveau du CECR, sachant qu’il y en a six au total.»

Ensuite, l’offre des formateurs évolue en fonction de la capacité du candidat à travailler en autonomie. «Pour ceux qui n’ont pas besoin d’être encadrés, nous avons développé une application mobile, où les employés gèrent eux-mêmes leur apprentissage en fonction de leurs besoins et de leur emploi du temps, avec des sessions courtes d’environ 15 minutes par jour, explique Kathleen Dessi, PR Manager France chez Babbel. Pour les autres, nous dispensons un programme de formation adapté avec l’accompagnement d’un professeur à travers notre plateforme de cours en ligne par vidéoconférence Babbel Live.»

Par ailleurs, le parcours proposé dépend des contraintes du collaborateur. D’une part, il évolue en fonction de son planning professionnel. «Pour ceux qui sont souvent en déplacement, par exemple, nous proposons de plus en plus de cours par téléphone ou en visio», indique Sana Ronda. D’autre part, il dépend du temps dont le professionnel dispose. «Si le collaborateur n’a que très peu de temps pour progresser ou pour suivre les cours, nous ciblons l’essentiel, relève Sana Ronda. Et plus le niveau de la personne est faible, plus nous concentrons la formation sur le lexique technique et métier pour qu’il puisse se débrouiller a minima, car il n’aura pas le bagage suffisant pour dire autrement ce qu’il veut exprimer en anglais.» Un gain de temps qui a même incité certains professionnels du secteur à adapter leur offre de formation. «Pour travailler efficacement en anglais, la formation linguistique n’est pas la seule réponse, souligne Sana Ronda. Quand la communication n’est pas interactive, nous recommandons l’utilisation de certains outils de traduction et nous formons à leur utilisation.»

Une variété de dispositifs de formation possibles qui concernent cependant surtout la langue anglaise. «Jusqu’en 2014, pour créer et développer une relation étroite avec leurs interlocuteurs internationaux, les entreprises nous sollicitaient beaucoup sur les autres langues, telles que le chinois, l’espagnol et l’allemand, rappelle Sana Ronda. Désormais, cette demande est moins importante.» En cause, le remplacement de l’ancien système de droit individuel à la formation (DIF), géré par les entreprises, par le compte personnel de formation (CPF), aux mains des salariés (voir encadré).

Formation professionnelle : du DIF au CPF

  • Depuis le 1er janvier 2015, le droit individuel à la formation (DIF) a été remplacé par le compte personnel de formation (CPF). «Les employeurs ne se sont pas emparés du CPF, et la communication initiale sur ce dispositif ne les y a pas encouragés, comme c’était le cas avec le DIF, explique Sana Ronda, membre du bureau et présidente de la commission Langues de la Fédération de la formation professionnelle (FFP) ainsi que présidente de Linguaphone. A date, moins de 5 millions de comptes sont ouverts, contre 28 millions attendus, et moins de 500 000 salariés ont mobilisé leur CPF.» Le CPF fonctionne par heures à valider. «Avec le CPF, les employés disposent de 24 heures de formation par an pendant cinq ans, financées en moyenne à hauteur de 45 euros par heure, soit un peu plus de 1 000 euros par an, qu’ils décident eux-mêmes d’activer, relève Sana Ronda. Le taux de prise en charge (de 15 à 80 euros par heure) est fonction de la branche professionnelle à laquelle le salarié est rattaché.» Toutefois, avec ce dispositif, les formateurs estiment être de moins en moins sollicités. «Les salariés devant eux-mêmes gérer leurs heures de formation, ils n’ont pas forcément connaissance des droits dont ils disposent ni de la manière dont ils peuvent s’organiser pour suivre une formation», poursuit Sana Ronda.
  • Un point d’autant plus important que cet outil sera amené à évoluer à compter de 2021, dans le cadre de la réforme de la formation professionnelle. «Les salariés auront un budget fixe de 500 euros par an, à comparer avec le financement moyen actuel de plus de 1 000 euros, soit une baisse brutale qui, avec les autres changements structurels de la réforme, risque de freiner l’accès à la formation», déplore Sana Ronda.
  • A noter que pour tous ceux qui étaient salariés avant le 31 décembre 2014, les heures de DIF peuvent être mobilisées encore jusqu’au 31 décembre 2020.