Après un bon début d’année porté par des perspectives de croissance économique attrayantes, la dynamique des marchés émergents s’est enrayée à la fin du printemps dernier. Outre des flux négatifs, à fin septembre 2021, les performances des actions et des obligations émergentes étaient négatives, alors que les actions des pays développés enregistraient des progressions à deux chiffres, par exemple. Pourquoi ce retournement de tendance ? La situation en Chine est-elle la principale explication ? Quid de l’inflation dans les pays émergents ? Faut-il craindre les conséquences de la normalisation de la politique monétaire américaine ? Qu’en est-il des perspectives pour ces classes d’actifs ? Quels sont les principaux risques pour les marchés émergents ? Quels sont les facteurs de soutien à long terme ? Faut-il investir dans les actions émergentes ou dans les obligations souveraines et corporates ? Le couple rendement/risque de ces dernières est-il suffisamment attractif ? Pour les actions, où se trouvent les opportunités (pays, zones ou secteurs) ? Quid des valorisations ? Que représentent les actifs émergents dans les portefeuilles ? Comment les rendre durablement attractifs ?
- Après avoir débuté 2021 sous de bons auspices, les actifs émergents, aussi bien les actions que la dette, ont eu des performances décevantes. Comment expliquez-vous ce retournement de tendance ?
- L’impact de la remontée des taux américains a été plutôt mesuré. Est-ce que cela signifie que le tapering n’aura pas les mêmes effets qu’en 2013 ?
- Quelle analyse faites-vous de la situation en Chine ? Est-ce le principal risque qui pèse sur les marchés émergents ?
- Quels sont les régions ou les pays qui offrent le plus d’opportunités actuellement ?
- En dehors de l’exposition au secteur russe de l’énergie, faut-il s’intéresser aux producteurs de matières premières, notamment en Amérique latine ?
- A un horizon de 12 mois, quels sont les éléments qui plaident en faveur des actifs émergents, que ce soient les actions ou la dette ? Et qui inciteraient les investisseurs internationaux à augmenter leurs expositions sur ces classes d’actifs ?
Après avoir débuté 2021 sous de bons auspices, les actifs émergents, aussi bien les actions que la dette, ont eu des performances décevantes. Comment expliquez-vous ce retournement de tendance ?
Yasmine Ravai : Les perspectives de tapering sur le marché américain et le délai dans le vote de stimulus ont créé une situation compliquée pour les marchés émergents et ont pesé sur les marchés obligataires, notamment en dettes locales, de façon inattendue. Le mouvement que nous avons connu en février était suffisant pour stabiliser la poursuite d’une tenue plutôt stable pour ces marchés. Les banques centrales ont été préventives face à l’émergence de l’inflation, le resserrement des politiques monétaires s’est propagé au fur et à mesure et s’est sensiblement accéléré ces derniers temps. Il y va de la crédibilité de ces banques centrales : elles doivent non seulement ancrer les anticipations d’inflation mais aussi maintenir une certaine prime de risque par rapport aux Américains. Le ralentissement chinois, même s’il est auto-infligé, ne semble pas poser un gros risque pour les marchés émergents mais c’est un facteur d’incertitudes.
Bruno Vanier : Dans le monde émergent, certaines banques centrales ont des politiques monétaires restrictives depuis un an, comme c’est le cas en Chine, d’autres au Brésil ou en Russie ont commencé à relever leurs taux de façon importante depuis quelques mois. Globalement, dans les grands marchés émergents, l’environnement monétaire est à l’opposé de ce que nous connaissons aux Etats-Unis ou en Europe, toujours sous perfusion monétaire. Ce qui explique en partie le différentiel de performance entre les actifs émergents et les actifs des pays...