Parole d’expert – Banque de France – Alexandre Gautier, président de l’Institut d’émission des départements d’outre-mer

« Les outre-mer peuvent devenir des laboratoires grandeur nature de la transition »

Publié le 24 septembre 2026 à 15h45

Banque de France   OPTION FINANCE  Temps de lecture 4 minutes

Quelles sont les activités de l’Institut d’émission des départements d’outre-mer et de l’Institut d’émission d’outre-mer ?

L’IEDOM et l’IEOM exercent des missions de banque centrale dans les outre-mer, avec deux périmètres distincts : les territoires dans la zone euro et ceux du Pacifique qui utilisent le franc Pacifique. Leurs missions couvrent d’abord la circulation fiduciaire, la sécurité des moyens de paiement et le suivi de la stabilité financière. Ils assurent aussi une fonction importante d’analyse économique, particulièrement utile dans des économies insulaires ou éloignées, dans lesquelles les données disponibles sont limitées et le nombre d’entreprises cotées réduit. A cela s’ajoutent des missions de service public, comme la médiation du crédit ou encore le traitement du surendettement. Enfin, ils suivent l’évolution du système bancaire et des nouveaux risques financiers, par exemple ceux liés aux actifs numériques.

Le développement durable est-il une problématique importante pour les outre-mer ?

Oui, il s’agit même d’un sujet central. Les outre-mer sont exposés à des vulnérabilités climatiques particulièrement fortes : montée des eaux, sécheresse, tensions sur la ressource en eau, gestion des déchets, fragilité des infrastructures… Certains phénomènes observés dans l’Hexagone y sont déjà beaucoup plus visibles. A ces enjeux s’ajoute une forte dépendance aux énergies fossiles importées qui pèse d’autant plus sur le coût de la vie que les transports en commun sont souvent peu développés. Des efforts sont engagés dans le solaire, l’éolien, la géothermie ou d’autres sources renouvelables, mais la dépendance demeure élevée.

Comment la finance durable peut-elle accompagner la transition énergétique dans ces zones ?

La transition suppose des investissements importants, alors que la dépense publique est contrainte. Les financements européens et publics restent essentiels, mais ils ne suffiront pas à couvrir l’ensemble des besoins. La finance durable peut donc jouer un rôle de levier en mobilisant davantage de capitaux privés : banques, fonds d’investissement, sociétés de gestion, fonds d’infrastructure ou investisseurs institutionnels. L’enjeu est maintenant de structurer des projets capables d’attirer ces financements privés, avec une gouvernance claire, des modèles économiques lisibles et une capacité d’exécution locale.

Quels sont les secteurs susceptibles d’être investis ?

Plusieurs secteurs apparaissent prioritaires. L’énergie renouvelable constitue évidemment un premier axe. Les infrastructures sont également centrales : réseaux d’eau, équipements énergétiques, traitement des déchets, transport, infrastructures portuaires, bâtiments publics ou logement. L’économie bleue, le tourisme durable, la valorisation du patrimoine naturel, l’agriculture, la pêche et la protection de la biodiversité peuvent également constituer des pistes d’investissement. Enfin, la formation aux métiers de la transition doit être considérée comme un secteur à part entière, car la réussite des projets dépendra aussi des compétences disponibles localement.

Quels sont les freins à lever ?

Le premier frein tient à la taille et à la structuration des projets. Beaucoup de projets sont trop petits, trop dispersés ou insuffisamment structurés pour répondre aux exigences de grands investisseurs privés. Le deuxième frein concerne l’écosystème local. Les territoires disposent de compétences, notamment dans les travaux publics ou la construction, mais l’expertise financière, juridique et technique ou encore sur les métiers du développement durable reste parfois insuffisamment développée sur place. Les délais de paiement constituent aussi un sujet majeur, car ils peuvent fragiliser les entreprises locales et freiner l’attractivité des projets.

Quelles autres pistes prometteuses avez-vous pu identifier ?

Les outre-mer peuvent devenir des laboratoires grandeur nature de la transition. Leur exposition aux risques climatiques oblige à inventer des solutions concrètes, qui pourraient ensuite être répliquées ailleurs. La coopération régionale constitue aussi une piste importante. Les outre-mer ne doivent pas seulement être pensés dans leur relation avec l’Hexagone, mais aussi dans leur environnement géographique immédiat : Caraïbes, océan Indien, Pacifique ou Amérique du Nord pour Saint-Pierre-et-Miquelon. Ces territoires peuvent devenir des plateformes d’expertise durable, capables de développer des solutions locales puis de les diffuser dans leur région. C’est l’un des grands potentiels encore insuffisamment exploités de la finance durable ultramarine.

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